La légende Malraux

La légende Malraux, Le Point, n° 1497, 25 mai 2001

 

 

Les numéros du Point relatifs à André Malraux se suivent et ne se ressemblent pas toujours : si le numéro spécial (8 pages) 1143 du 12 août 1994 était à peine plus sérieux que le numéro délirant 1112 du 8 janvier 1994 (voir Cate/Enthoven sur ce site), celui-ci est remarquable et, à propos de la publication de la biographie d’Olivier Todd, provoque presque le même enthousiasme que France Soir (voir France Soir).

 

En effet, un article signé Laurent Theis fait un compte-rendu honnête du livre de Todd et, tout en reproduisant ses éloges excessifs (« … le courage physique fut à plusieurs reprises éclatant… »), rapporte sa sévérité à l’égard des affabulations et des défauts du grand homme (« à l’accoutumance bien française à l’enflure, Malraux doit sans doute de n’avoir pas sombré dans le ridicule, sauf peut-être en 1996, pour sa panthéonisation. ») 

 

Mais l’important, et même le sensationnel, viennent de l’article de Benoît Salses sur la Résistance en Périgord. Celui-ci a rencontré d’anciens résistants qui lui ont fait part de leur mépris pour le « roman d’aventures » que constitue « La légende Malraux » s’agissant de son activité pendant cette période de 1944.

Ils s’interrogent sur son immunité auprès des Kampfgruppen sanguinaires qui l’ont arrêté, et l’expliquent par la protection fournie par Otto Abetz à la demande de Drieu La Rochelle. « …l’écrivain portait toujours sur lui " un mot" de l’attaché culturel Karl Epting » est-il ajouté.

Ils confirment le récit de Coustellier/Soleil quant à l’arrestation de Malraux par des Résistants, son ficelage dans le coffre d’une voiture, avant une exécution que Patinaud interdit (voir Coustellier).

Le sensationnel vient du passage suivant : « [Soleil] est persuadé depuis longtemps que Malraux collabore avec les Allemands : " C’est lui qui a abattu Courouge, un gestapiste français que j’avais arrêté et que je voulais interroger. Malraux l’a tué avant que je le fasse parler. Il l’a exécuté pour qu’il ne dise pas qui avait des relations avec les boches…" croit Soleil. » Le livre de Coustellier auquel je me suis référé (Le groupe Soleil dans la Résistance, Fanlac, 1998) mentionne bien cette exécution de Courouge (p. 211), mais ne cite pas Malraux. Ailleurs dans l’article on lit : « Pour René Coustellier dont la gâchette était aussi sensible que son patriotisme, "Malraux avait des accointances avec les boches". Soleil vient de l’écrire dans un livre à paraître en septembre. » Ce livre ne semble pas être paru à ce jour. Attendons.

 

 

© Jacques Haussy, décembre 2004