Homosexuel

ANDRÉ MALRAUX HOMOSEXUEL



Les inventions d'André Malraux ont souvent fait fortune, en dépit de solides réfutations. Par exemple, selon La corde et les souris, il a prétendu en face de Léopold Sedar Senghor avoir lutté contre le colonialisme : "Vous savez combien j'ai combattu la colonisation". Geoffrey T. Harris l'a démenti et a montré « le colonialisme franchement impérialiste, bien que réformiste, de l’engagement indochinois ». Le grand homme a même été en plus ouvertement impérialiste avec le R.P.F. Les admirateurs inconditionnels, comme Roger Stéphane ou Jean Lacouture, n'en ont pas moins persisté à le proclamer anticolonialiste.

L'une de ces affabulations a toutefois été ignorée ou passée sous silence. Elle est même totalement oubliée aujourd'hui : il s'est prétendu homosexuel et s'est comporté comme tel en ses jeunes années. Pour s'attirer des protections, faire parler de lui et se faire connaître, de la même manière qu'il a soutenu avoir figuré "dans les rangs des communistes chinois" pour promouvoir La Condition humaine.

Cet article a pour but de montrer ou rappeler ces faits. Il a été proposé à deux revues, qui l'ont refusé. Des membres du comité éditorial de l'une prétendent que

l'auteur "se cantonne à des remarques de seconde main sur des romans, alors qu'il y aurait peut-être plus d'indices (ou de pseudo-indices) à chercher dans les écrits sur l'art" (?) et qu'il "est surtout au niveau de la rumeur" ;

d'autres de la seconde revue que

l'auteur utilise "de très longues citations tirées comme au hasard de sources diverses pour spéculer sur l'orientation sexuelle de Malraux et, surtout, pour l'inculper d'homosexualité par association et insinuation", il a pour parler d'homosexualité "la délicatesse d'un hachoir à viande dans du beurre", et il "se base sur un échantillon restreint et non représentatif de sources secondaires des années vingt non validées et la plupart du temps obscures". L'insulte est même proche : il est "un démystificateur auto-désigné", qui "se livre à des polémiques bon marché" et "pratique le journalisme à scandales" !

Ces critiques sont de mauvaise foi, dérisoires et parfois même comiques - ce lecteur qui cherche l'homosexualité dans les Écrits sur l'art, c'est farce, non ? L'auteur convient que l'article livre une révélation qui peut passer pour sensationnelle aux yeux de certains, bien qu'il se cantonne à l'exposé de faits. Du coup, sa publication nécessitait sans doute un peu d'impertinence et de courage. Il se reconnaît un tort : celui d'avoir donné un titre comportant le mot "homosexuel", ce qui constitue une provocation aux yeux des ignorants et des conformistes. Il croyait en effet la chose banalisée, de même que la sexualité en général, mais manifestement elle reste encore chez certains un tabou et un objet de scandale. Allez, pour ne pas fâcher disons que l'article s'intitule "Un aspect de la jeunesse d'André Malraux" !

Vous allez vous faire votre opinion. Vous constaterez que, par exemple, à quelques exceptions près (Rémy Kauffer...), les citations sont irréfutables et de témoins de première main (Georges Gabory, Clara Malraux...). Oui, de longues citations : "Je devrai faire un assez grand emploi des citations [...] Les citations sont utiles dans les périodes d'ignorance ou de croyances obscurantistes" (Guy Debord, Panégyrique).

Ci-joint cet article . Il avait été envoyé avec 2795 mots en .pdf, avant d'être remanié et augmenté. Il comporte maintenant ici plus de 3000 mots.

Votre avis sera bienvenu (jacques.haussy@wanadoo.fr) !

© Jacques Haussy, octobre 2011 & janvier 2012


Pascal Pia et André Malraux ont été des proches à partir de 1920. Dans son livre d'hommage Pascal Pia ou le droit au néant, Roger Grenier écrit (p. 81) :

Sans en donner les raisons, il [Pascal Pia] n'aimait pas les homosexuels, tout au moins en littérature. (Et voilà que Francis Ponge, après la mort de Pia, m'a demandé s'il ne l'avait pas été, ce qui me laissa comme deux ronds de flan, car cette idée ne m'avait jamais effleuré)...

décembre 2013


En mars 1943, Josette Clotis et André Malraux sont parents d'un deuxième fils, Vincent. Josette demande à Pierre Drieu la Rochelle de le parrainer. Voilà ce qu'en écrit Jean-François Lyotard dans son Signé Malraux ( Grasset, 1996) :

Drieu accepta le parrainage. Ostentation maligne ? II ne pouvait pas être sourd à ce que lui disait le désir de la belle, entre les lignes [...] Ainsi sans doute Josette avait laissé vaguer ses formes voluptueuses tandis que sa demande s’écrivait auprès du feu de bois dans la chambre où dormaient les garçons en l'absence du père. Et somme toute, ce n’était pas si incongru qu'il paraissait. Que demandaient ces messieurs les écrivains, les Drieu, Martin du Gard, Gide, Lawrence, Montherlant, en la matière ? Une idée de féminité qui ne dérangeât pas leur homosexualité misogyne, honteuse ou déclarée. Et Malraux même : pourquoi son livre sur Lawrence fut-il mis aux oubliettes ? Biographie impossible sans doute, mais compromettante aussi : on y aurait trop vu l’indécente propension tapie sous la « fraternité virile ».

juin 2014