VERITES ET MENSONGES EN LITTERATURE, de Stephen VIZINCZEY, Anatolia/Editions du Rocher, 2001

 

Simon Leys, dans L’ange et le cachalot, raconte l’histoire de cet homme dans une église bondée, où il est le seul à ne pas pleurer au sermon bouleversant du prédicateur. A ceux qui lui en demandaient la raison il a répondu « C’est que je ne suis pas de la paroisse ». Simon Leys ne se sent pas de la paroisse lorsqu’en France il est question de Malraux. Stephen Vizinczey, canadien né en Hongrie en 1932, lui aussi ne se sent pas de la paroisse : les 6 pages écrites à l’occasion de la sortie de la biographie de Jean Lacouture et titrées Une passion de l’impersonnel, de son livre Vérités et mensonges en littérature, sont d’une férocité rare à l’égard de notre grand homme national. Quelques extraits :

Les Français ont à la fois les meilleurs intellectuels et le plus grand nombre de faussaires, et actuellement le roi des faussaires, appartenant à l’espèce que j’appellerais les charlatans de la culture, c’est André Malraux…

Pour ma part, je ne crois pas essentiel de savoir si les opinions politiques de Malraux sont de gauche ou de droite. Le vrai défaut de ses opinions c’est qu’elles sont des idées reçues.

Les Antimémoires sont probablement un des livres les plus pitoyables jamais écrits : un écrivain revient sur sa longue vie et ne trouve presque rien qui vaille la peine d’être rapporté si ce n’est son rôle dans les évènements historiques et ses rencontres officielles avec les grosses pointures de ce monde.

Lui aussi, comme Simon Leys, est abusé par l’admiration de Lacouture pour le courage de Malraux. Il va jusqu’à écrire : il joua par la suite un rôle courageux et important dans la Résistance. Pour se reprendre aussitôt : …mais à la lecture de ses actes de bravoure, j’ai senti resurgir mon respect pour Orwell et Koestler.

 

Stephen Vizinczey est par ailleurs l’auteur d’un superbe Eloge des femmes mûres qui a eu des millions de lecteurs dans le monde et qui figure sur la liste des meilleures ventes en France depuis des mois. On ne peut qu’approuver Pierre Lepape (Le Monde, 25 mai 2001) lorsqu’il écrit : L’intelligence de Vizinczey est si vivifiante, si contagieuse, que la lecture de ses livres vous plonge dans un bain de bonheur pendant une semaine au moins.

 

© Jacques Haussy, octobre 2002

 

Ce livre et l'éloge des femmes mûres, sont parus en folio. Le second est accompagné d'une revue de presse internationale relative aux deux ainsi qu'au roman Un millionnnaire innocent. Voici l'extrait de la critique de Bruno de Cessole relative à Vérités et Mensonges en littérature et parue dans Valeurs Actuelles. Sagissant d'imposture et de tricherie, qui peut-il est visé ?

 

Un écrivain et critique qui n'a guère d'équivalent en France... Pour avoir vécu sa jeunesse sous une dictature, il a contracté une aversion insurmontable pour l'imposture et la tricherie. Aversion d'autant plus profonde qu'est exigeant son amour de la littérature. Oser s'exclamer que le roi est nu : nombreux sont les critiques qui le pensent mais qui n'ont pas le courage moral de le dire. Au mépris de son intérêt, Stephen Vizinczey a le culot de proclamer le scandale de la vérité.

 

octobre 2007